Formation

Face à la multiplication des formations à distance ou en e-learning, en lien avec les difficultés d’organisation au travail ou en famille et dans un contexte sanitaire complexe, je m’interrogeais sur une potentielle différence en terme de qualité d’apprentissage entre ces modes de formation. Est-ce que la limitation, des échanges et de la vision, au travers d’un écran, a un effet sur la qualité de l’apprentissage ? La réponse est en lien avec le mode d’apprentissage.

Pour que l’apprentissage soit de qualité, il convient que les pré-requis permettant cet apprentissage soient réunis, c’est-à-dire: la motivation et l’attention. Bien entendu, l’apprentissage ne réside pas que dans la motivation et l’attention, les rôles de l’encodage, du stockage et de la restitution sont également nécessaires, mais nous n’aborderons pas ici ces thèmes-là, ces derniers faisant l’objet d’autres articles.

Concernant la motivation, on peut supposer que si l’on s’installe face à une personne ou un écran pour écouter un enseignement, c’est que nous y voyons un intérêt et que donc notre motivation est présente.

Mais qu’en est-il de l’attention ? Imaginez un contexte : vous êtes face à un auditoire ou les personnes sont avachies sur les sièges (comme savent si bien le faire certains ado par ex !), ou les bâillements sont fréquents, les yeux sont frottés, les visages fermés… Bien évidemment, vous allez tout de suite en conclure, probablement à juste titre, que vos propos ne passionnent pas votre auditoire. Mais si, suite à une anecdote, votre auditoire semble se réveiller, puis opiner de la tête, avoir des micros mouvements du visage qui traduisent leur désaccord, leur interrogation ou accord, vous savez que vous avez de nouveau capter votre auditoire, et que l’attention est là. L’apprentissage est entamé.

Nous savons aujourd’hui, grâce aux travaux d’Albert Mehrabian, qu’une part conséquente de la communication ne se fait pas au travers du verbal. L’attitude physique de la personne, le timbre de la voix, le rythme, les mimiques sont autant d’information -inconscientes- qui nous renseignent -inconsciemment également- sur le ressenti de la personne avec qui nous échangeons … Et si le timbre, le rythme de la voix sont perceptibles au travers des écrans, ce n’est pas le cas des mimiques ou de l’attitude physique, ce qui est le cas lors des formations en distanciel. De même les neurones miroirs (qui sont, en somme, des cellules qui nous permettent de « vivre » ce que la personne en face vit) permettent, au formateur, d’être en contact avec l’auditoire, d’être connecté à lui. Mais ces fameux neurones miroirs, ont également aussi l’intérêt de faciliter l’apprentissage par observation (c’est ce que nous avons fait bébé, puis enfant et encore maintenant parfois). Hors il semble que les neurones miroirs n’aient pas la même capacité de mobilisation en présentiel, qu’en distanciel, avec un avantage au présentiel. Inconsciemment, c’est donc tout un processus d’analyse des comportements verbaux et non verbaux qui va se dérouler et permettre d’ajuster au mieux les propos et les comportements du formateur, lorsque la formation est en présentiel.

A cela s’ajoute, le fait que suivre un cours sur écran engendre plus de fatigue, qui génère par la même une diminution de l’attention.

Donc pour mobiliser et optimiser l’attention, il serait nécessaire qu’il y ait une interaction riche entre le formateur et l’apprenant, passant par la présence. Le formateur doit avoir la faculté de lire les informations que lui renvoie l’individu au travers de sa tenue, de son attitude, et d’en tirer des ajustements mais également des prédictions comme un besoin de pause, une incompréhension ou l’envie de développer le point abordé. Si cela est vrai pour le présentiel, c’est toutefois impossible en e-learning. Quant à la formation en distanciel, il peut être possible d’accéder aux images en direct de l’auditoire, mais il est impossible de maintenir son attention sur le déroulé du cours et les apprenants simultanément, d’autant que la fatigabilité est plus forte dans ce cas-là.

Si les formations en e-learning et distanciels ont l’avantage d’offrir une souplesse en terme d’organisation; en terme de qualité, la gagnante est la formation en présentielle car elle permet de mieux répondre aux besoins des apprenants. Peut-être est-ce aussi une explication au taux de complétion des formations digitales qui tourne autour de 10%, ce qui est très faible.

Sources : écrits de JP Lachaux, chercheur au centre de recherche en Neurosciences de Lyon (sur la base des recherches de Corbetta et Rizzolatti). Etudes d’Albert Mehrabian – professeur de psychologie de l’université de Californie (USA) – sur la communication verbale et non verbale.